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23 novembre 2007

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Où Vont Les Nuages Quand Ils Ne Font Que Passer ?

2020

La chambre paraissait s'écraser sous les étoffes lourdes, aux grands plis noirs. De nouveau, dans le couloir, une porte battit, hésitante, lente. Le médecin était reparti chercher de l’eau fraîche. Peine perdue. La seule eau qu’il trouverait serait au mieux tiède, au pire évaporée. La faute à cette chaleur. La chaleur... Cette chaleur de ce début d’été, cette chaleur si étouffante qui nous serrait à la gorge dans une étreinte qu’on aurait souhaité mortelle, pour ne plus avoir à vivre d’autres de ces jours d’attente.
La pluie. Viendrait-elle ? Personne n’en doutait. La question était juste : quand ? Et serions-nous encore vivants ?
Allongée sur notre lit, le bassin relevé, les jambes écartées, ma femme ne passerait pas la journée. Sa main était si chaude. Je la tenais depuis le matin et midi était passé depuis une heure. Sa température avait grimpé avec le soleil.
Tant d’hommes et de femmes avaient succombé sous ses coups depuis qu’il avait cessé de pleuvoir. La chaleur… Cette chaleur qu’il était impossible de fuir. Elle s’était infiltrée partout, faisant chauffer l’eau des canalisations, s’évaporer les cours d’eau, exploser les appareils frigorifiques par surcharge électrique.
On avait dû s’adapter, s’organiser, comme apprendre à boire de l’eau chaude. L’urine était devenue une denrée recherchée, bien plus que l’or. On ne peut rien acheter quand on est mort. Oui, on s’était adapté… Mais les enfants naissaient toujours de la même façon… Le taux de mortalité…  
Parfois on voyait passer un nuage. Comme aujourd’hui. Mais il ne faisait que passer. Cela faisait des mois et des mois que personne n’avait vu de pluie. Il faisait si chaud…
Au commencement, les grenouilles de bénitier en avaient profité pour nous rappeler le jour du jugement dernier. Les feux de l’enfer. L’Apocalypse.
Cela n’avait pas duré longtemps. Bientôt tout le monde s’était tu. Il n’y avait rien à dire, et plus rien à promettre car tout le monde pouvait voir que le ciel restait vide, incroyablement vide. Sauf des jours comme aujourd’hui où un immense nuage passait sans qu’on sache pourquoi. Ils étaient rares ces jours mais qu’ils étaient chargés d’espoir.
Elle commença à hurler. Le médecin n’était pas revenu.  Ce n’était pas un souci. Elle connaissait son affaire. Ce n’était pas la première fois qu’elle accouchait. Peut-être la dernière… Les femmes ne tenaient plus le coup.
Il faisait trop chaud.
Elle poussa. Aussi fort qu’elle le put. Mais cela ne suffit pas. Ma femme… Elle était si belle dans sa souffrance. Ses pupilles disparurent. Et son dernier souffle s’envola au moment où le médecin arrivait.
— Elle est morte.
Que voulaient dire ces mots que j’avais lâché comme s’ils n’avaient aucune importance ?
Le docteur me regarda, puis il regarda ma femme. Il ferma les yeux. Il ouvrit les yeux.
Puis il enfonça les mains sous les draps qui recouvraient les jambes écartées de ma femme. Les morts aussi ont une pudeur.
Je n’osais même pas prier. On y réfléchirait plus tard.
Le docteur se redressa. Il tenait mon fils dans ses mains. Le bébé pleurait. Je me suis penché sur le front de sa mère pour y déposer un baiser. Elle n’avait jamais eu l’air si heureuse.
Et c’est à cet instant que nous avons entendu cet étrange clapotis sur le toit.

 




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Commentaires

merci !

Ecrit par : shunga | 25 novembre 2007

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