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28 avril 2008
RESURRECTION
SUJET : Vous ratez le train. Racontez les conséquences.
« Raté le train. dsl. Besoin de temps. Jt’m. »
Caro soupira, leva le pouce, s’arrêta. Le clapet du téléphone en suspens aucune empreinte ne vint marbrer la touche envoyer.
Non, elle ne pouvait lui écrire ça, pas comme ça. Elle pouvait au moins l’appeler… Oh et puis à quoi bon, il ne la croirait pas.
Et de toutes façons, elle ne l’avait pas vraiment raté ce train ! Pas encore…
L’air hagard, le geste lent, Caro pivota la tête vers la gauche. Les montagnes encore blanches, la campagne qui s’éveille d’un hiver ajourné, le fleuve accouchant sur ses rives d’une fange grisâtre et gluante ; le vent glacial qui vous fouette les joues… son esprit s’échappait, comme flottant par-dessus les nuages, s’écorchant aux sommets, s’effilochant ça et là comme pour mieux disparaître.
A gauche, c’était aussi les amis de longue date, parfois même d’enfance ; la famille, nombreuse, soudée, réconfortante ; les souvenirs, bons ou mauvais, nostalgiques clichés ancrés en elle jusque dans ses chairs. A gauche, c’était le passé.
Caro, jusque là en apnée, inspira longuement, déglutit avec peine, tourna la tête de l’autre côté.
Bien que la distance lui interdit d’en admirer les paysages, elle savait que là-bas l’attendaient l’immensité de la mer, la douce caresse du soleil, le chant des cigales dans les pins parasol et la quiétude des siestes du sud. Et puis il l’attendait, LUI.
Lui avec sa belle gueule, son boulot bien payé, son zen en toutes circonstances. N’était-ce pas ce qui l’avait attiré, la première fois ? Cette assurance, ce charisme indescriptible ? LUI qui voulait qu’elle sache qu’il l’aimait… sans jamais le lui dire ; sans même le lui montrer ! Homme rigide, autoritaire, étouffé par ses émotions, prisonnier de ses principes. Un iceberg face à elle ; elle si volcanique, si lunaire, si bouillonnante de sève. Cinq ans qu’elle partageait sa vie où plutôt, qu’elle épousait la Sienne. Cinq ans garée sur une voie à sens unique, à laisser de coté sa passion des mots pour soigner ses maux à LUI.
Fallait-il qu’elle se soit détestée à l’époque pour en tomber amoureuse !?
Caro soupira. Des larmes jaillies de ses entrailles lui brûlèrent les yeux tandis qu’une envie de vomir lui soulevait l’estomac. Elle déglutie avec peine, se mordant l’intérieur des joues, ferma les yeux. Elle alluma une cigarette pour se donner une contenance, avisa le chef de gare et le chauffeur discutant sur le quai opposé. Le train n’allait pas tarder à partir…le ronronnement de la loco la pressait de se décider.
Elle s’adossa au dossier de son siège, luttant pour faire cesser ce mælstrom de sentiments contradictoires qui valsait dans sa tête. Ne plus penser, l’espace de quelques secondes, faire le vide. À gauche, le passé. À droite, l’avenir…mais l’avenir ne faisait-il pas déjà partie du passé lui aussi ?
Les larmes enfin coulèrent. D’amers sanglots secouèrent son corps engourdi.
Aujourd’hui, elle n’en pouvait plus.
Aujourd’hui elle voulait vivre, exister ! L’écriture lui brûlait les doigts, elle voulait, elle DEVAIT s’y jeter corps et âme pour rattraper le temps et les mots perdus.
Aujourd’hui, elle manquait d’air et bientôt, c’est sûr, elle mourrait de silences.
Le claquement sec du clapet la fit sursauter.
Tel une épée de Damoclès, une pression du pouce venait de sceller son destin.
16:14 Publié dans POUR LE PLAISIR | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
22 avril 2008
SURPRISE
Petit texte pour le jeu "presque"hebdomaire de mon forum préféré ( A Vos Plumes!!).
Les contraintes : Une personne rentre chez elle un soir, il y a une ambiance étrange...racontez!! Chute humoristique obligatoire...
SURPRISE !!
Je regarde ma montre :
– 20h30 ! Dix heures de boulot avec ce chef vicieux j’en peux plus !!
Je fouille mon sac, fatiguée et de mauvaise humeur.
– où ai-je mis ces foutues clefs ? Ah ! Les voilà.
Je me bagarre un instant avec la serrure ; enfin la porte s’ouvre.
– Bon sang ! Elle couine encore cette porte ! J’ai pourtant dit plusieurs fois à Jean de la graisser. Il glande rien de rien celui la ! Et je suis sûre qu’il va encore oublier notre anniversaire de mariage !
J’entre, referme derrière moi et appuie sur l’interrupteur. Rien. Je recommence, toujours rien. Je trépigne presque de rage quand mon portable sonne m’offrant un semblant de lumière. Je regarde : FIFI ! Je décroche :
– Salut ma biche comment vas-tu ?
…..
Moi ? M’en parle pas, l’horreur à l’état pur !
Je rentre à pied car les bus sont en grève, je me chope un orage de folie, Jérôme qui arrête pas de me faire du gringue, et maintenant plus de lumière !!
…..
– Hein ?
……
– Oui il est très charmant Jérôme.
…..
– Hein ? Oui il m’a invitée à dîner mais chuuut ! T’as intérêt à le garder pour toi !
A tâtons, j’avance vers le salon à la recherche d’une bougie.
– Bon reste zen Nicole, il doit y avoir une bougie par là…
……
– Non pardon je me parlais à moi-même. Tu sais quoi, çà sent bizarre chez moi, ça empeste même. Beurk ! On dirait l’eau de toilette de Roger !
…..
– Mais si Roger, tu sais bien, le gros pas beau qui bosse avec Jean.
…..
– Oui voilà, celui qui pue c’est bien ce que je dis ! Aïe ! Mais qui a foutue cette chaise en plein milieu du passage ! Bon dieu, Caro n’a encore rien glandé aujourd’hui…elle a la chance celle-là d’être une copine d’enfance de Jean, d’avoir trois gosses et de pas prendre cher, sinon y’a longtemps que je l’aurai virée, pas fichue de faire le ménage correctement.
…..
– Hein ? Non j’ai pas de briquet, tu sais bien que je fume plus. Tiens en parlant de ça tu as su pour Léo ?
….
– Quoi t’as pas su ? Il s’est endormi avec une clope à la main, il a flambé son appart et même un peu celui du voisin je crois.
....
– Ben non, il a pas les moyens tu penses ! c’est qu’un petit fonctionnaire de police, genre play-boy de bac à sable ! Il se la pète avec son uniforme mais il a le QI d’un moineau. Je crois qu’il est reparti vivre chez sa mère. Ouais, à 37 ans ! La honte !! Bon je te laisse, suis vannée et faut que je trouve cette bougie. Oui à plus.
Je raccroche, essaie de muer le portable en lampe torche quand soudain, je sens comme une présence. Je le fourre en poche. Oui, il y a quelque chose, où quelqu’un là, tapie dans l’ombre. Cà m’observe, j’en suis sûre. Je tremble, je panique.
Un voleur ? Un assassin ? Un fou qui va me kidnapper, me torturer, me…
Non je ne veux pas y penser. Un souffle me frôle, je hurle. C’est alors que la lumière se rallume. Je suis éblouie, je cligne des yeux et puis je les vois, là, tous les quatre : Caro, Roger et Léo aux côtés de Jean. Ce dernier tient une bouteille de champagne un bouquet de roses à la main. Je me sens mal tout à coup. Je me sens devenir rouge de honte, eux tirent plutôt sur le blanc. Jean s’approche, se penche vers moi et me marmonne :
– J’avais invité nos amis pour nos dix ans de mariage, pour te faire une surprise…
Je persifle.
– T’es vraiment trop con Toi… C’est dans huit jours, notre anniversaire de mariage !
09:51 Publié dans POUR LE PLAISIR | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


