31 janvier 2008
ADIEOU BARACA
ADIEOU BARACA
Jano arpentait la promenade d’un pas fort incertain.
Après plusieurs heures passées à regarder la boule de la roulette, une lampée de whisky à chaque mise, il était ressorti complètement lustré du Casino Rhul.
Comme tous les samedi soirs en fait, mais ce soir là, c’était différent….
Ce soir là, le Jano, il était malheureux comme les pierres. Malheureux à en chialer, ce qu’il faisait d’ailleurs fort bruyamment, sans se soucier du regard des passants.
Les voyait-il seulement ? Pas sûr.
C’est que le Jano, il a une drôle d’histoire…
Il y a quatre ans, il a gagné au loto, et pas qu’un peu…
Sur le coup, il y a pas cru. Mais quand on lui a donné le chèque, il s’est passer un truc bizarre en lui, une sensation étrange, une ivresse jusqu’alors inconnue.
Et il a pas traîné le Jano ! A la vitesse de l’éclair, il a bazardé femme et enfants, vendu sa petite alimentation qui ne végétait, déménagé dans une maison immense, avec piscine et tout le tintouin. Grand Prince, il a laissé l’appartement à son ex-épouse, un trois pièces de 65m2, sans vis-à-vis,… ni remords.
Et puis il a commencé une vie de célibataire, sortant tous les soirs, mangeant n’importe quoi n’importe quand, toujours sur son 31, costard, cravate, bagouzes, etc.
Il s’est mis à fréquenter les bars, les discothèques, à draguer les filles…
Une vraie vie de patachon lui disait sa mère.
Mais il s’en foutait le Jano. Il se sentait libre comme une mouette, léger comme ces ballons gonflé à l’hélium qui ravissent tant les bambins.
Mais il a fait une grave erreur le Jano ! Il s’est mis à jouer au Casino.
Oh juste un peu au début, de temps en temps, pour le fun…
Mais il a gagné, et gagné encore. La sensation grisante que cela lui procurait, la roulette qui tourbillonne, les cartes qui glissent aisément sur le tapis, l’ambiance VIP… tout ça ne l’a plus lâché.
Jusqu’à ce soir.
Fatalement, ce soir, Adiéou Baraca !!
Il a perdu Jano, il a TOUT perdu. Il a tout joué, argent, maison, voiture, tout. Jusqu’à la montre en or que lui avait offert son père pour sa majorité. Elle est bien loin cette majorité aujourd’hui et Jano se demande un peu s’il n’était pas plus responsable il y a trente ans… Moins fou en tous cas.
Dehors, il fait froid. On a beau être sur la côte d’azur, l’hiver, c’est l’hiver, et c’est encore pire quand un vent à décorner les cocu fait se trémousser les palmiers du bord de mer, et le Jano, le nez en l’air, regarde les illuminations comme un badagou, sans même se rendre compte qu’il est au milieu de l’avenue. Un coup de klaxon intempestif le ramène un bref instant sur terre, assez pour le faire traverser en maugréant contre l’automobiliste impatient.
Faï caga !
Il traverse, et descend sur la plage. Les galets humides et luisants lui font tordre les chevilles avec ses mocassins dernier cri de chez Versace. Il avance jusqu’au bord où la mer, à présent déchaînée, vient lécher brutalement son costume de soie gris. Il a le cœur lourd, Jano, aussi lourd que le poids qui lui pèse sur les épaules.
J’ai tout perdu !! J’ai tout perdu marmonne-t-il sans cesse entre ses dents. Les vraies, brunies par le tabac des cigares, et les fausses, en or.
Il avance encore, comme au automate, s’en même s’apercevoir qu’il a les pieds dans l’eau. Ou alors il s’en fiche !?
Subitement, il s’arrête. Il tient debout grâce aux galets qui lui roulent sur les pieds et le maintiennent au sol tant bien que mal. Soudain, il lève les bras au ciel et, tel un iroquois invoquant les esprit, se met à beugler :
« Dieu qu’est ce que je t’ai fait hein ? Pourquoi tu me traites comme çà ? Tu m’as tout donné, et ce soir, tu m’as tout repris ! J’ai tout perdu, TOUT perdu ! »!
Il sanglote le Jano, il tremble de colère, d’amertume et de froid.
Il va pour reprendre son monologue quand…
« Ô fada, tu moulines ! Et sors de la que tu vas attrapé la crève ! Et l’eau de mer c’est pas bon pour le cuir italien ! »
Jano reste pétrifié, toujours les bras en l’air.
« Dieu me parle !! Dieu me parle et il se fout de moi en plus !! »
Il explose cette fois le Jano.
« J’ai tout perdu je te dis ! TOUT !! Alors qu’est ce qu’on s’en fiche des mocassins hein ?! »
Et joignant le geste à la parole, le voilà qui se déchausse non sans peine et, telle une mariée avec son bouquet, jette les mocassins au loin derrière lui.
Mais Dieu ne compte pas en rester là.
« Ton beau costume, regardes, on dirait une estrasse maintenant! »
Jano, n’en croit pas ses oreilles. Il éructe.
« T’encapes rien toi là-haut !! »
Et presque aisément, il ôte le dit costume.
Même sort que pour les chaussures.
« Tiens vé ! Même la chemise tu vois, j’ai plus rien du tout !! T’es content maintenant « ?
Il fulmine le Jano, il devient rouge de colère, puis bleu de froid, en caleçon dans la flotte.
Alors Dieu, de sa voix douce et suave reprend.
« Oui, là tu peux dire que t’as plus rien et que t’as plus qu’à te néguer ! »
A ces mots, le Jano, toujours aussi empégué, s’avance jusqu’à ne plus toucher le fond, et se laisse couler.
Sur la plage, une main sale et velue attrape les affaires entassées et les fourre dans un sac de toile crasseux et troué. Puis l’homme se relève péniblement et s’en va nonchalant, retrouver ses congénères du côté de Saleya.
« Y’a des fadas sur terre quand même. Aller croire que Dieu lui parle ! Que caganis !! »
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22 novembre 2007
GARDE A VUE
Voici la nouvelle que j'avais présentée lors de la nuit des insomniaques.
En termes imposés, on devait retrouver :
1/ la phrase : ils font les mêmes pour les hommes"
2/ un secret de nuit
3/ un mauvais numéro
4/ un maimum de 3000 caractères espaces compris
GARDE A VUE
« Mais puisque je vous dis que j’ai fait le 06.65.63.12.36 au lieu du 06.65.63.12..35. J’ai fait un mauvais numéro !! »
Rien à faire. Ils ne veulent pas me croire. Ils ne veulent même pas essayer de vérifier mes dires…
Il faut reconnaître qu’avec mon jogging troué, mon tee-shirt informe, mes cheveux trempés et mon haleine Glenn Miller, j’air l’air d’une gueuse !! Mais bon, ils m’ont sautée dessus à six heures du mat, alors que j’avais passé la nuit peinarde devant mon ordinateur à tchater avec des copines (entre autres). Je risquais pas de ressembler à miss monde !
« Cellule n°6 » a braillé l’un d’entre eux.
J’ai abdiqué et la grille s’est refermée dans un grincement lugubre.
Je suis restée debout, hébétée. J’ai humé l’air vicié. J’ai regardé les murs gris. Le sol gris. Face à moi, une chaise en plastique. Grise elle aussi. Pas de fenêtre.
Le froid a envahit mes os.
Je respire mal. Je serre les dents.
J’avance d’un pas. Puis d’un autre. Je suis au centre de la pièce. Déjà !
A ma droite, rivé au sol, une forme étrange et dégoulinante de crasse. Je devine au rouleau de carton vide qui traîne au sol qu’il s’agit d’un wc. Pas d’abattant ni de lunette. Je demande niaisement au gardien encore présent :
« Ils font les mêmes pour les hommes ? »
Il me répond illico ;
« Non, eux ils ont des chiottes turques ! » Et s’en va.
Je reste là de longues minutes encore. Une heure peut-être. Je ne sais pas. L’odeur pestilentielle me monte à la gorge.
Puis mon regard se porte sur ma gauche. Ici, on est comme un caméléon. Pas besoin de tourner la tête pour tout voir. Un rectangle en béton (un lit ?). Gris !
Je me dis qu’ils ont dû avoir des promos sur la peinture, mais çà ne me fait pas sourire.
Je serre un peu plus les dents. Je déglutie avec peine.
Une couverture trouée, souillée, recouvre le lit de moitié.
Kaki !! Elle est kaki !! Ou a dû l’être autrefois…
Kaki !! Seule tache de couleur dans cet univers de grisaille.
Seule ? Non…
Au bas du mur, une inscription m’intrigue. Un pas vers elle.
Elle est rouge !
Rouge Sang. Rouge Colère. Rouge Haine…
Je m’accroupis pour mieux déchiffrer le graffiti.
« GO FUCK »
Cette fois, un semblant de sourire effleure mes lèvres sèches tandis que des larmes incandescentes s’approprient mes yeux fatigués.
Je pense : « Trop tard, c’est déjà fait !»
Moi, la blogueuse acharnée, la tchateuse infernale, la folle incontestée du sms, il a suffit que j’envoie « besoin de came en urgence » à Julien, un ami informaticien, insomniaque de surcroît, pour me retrouver ici, au « gnouf » comme disent les habitués.
Bon ok, je me suis plantée et mon message est arrivé chez un dealer notoire aussi réputé que surveillé… Mais bon, qu’est ce que j’y peux moi, si mon doigt a dérapé sur le dernier numéro de mon portable à touches sensitives ?
Je le connais pas moi ce type, je l’ai jamais vu. Et puis est ce que j’ai l’air d’une droguée franchement ? Bon cette nuit peut être, vu l’interrogatoire salé que j’ai subi, sans parler de la fouille humiliante, et le tout sans même espérer avoir un verre d’eau.
Joe va me tuer c’est sûr.
Déjà que le fait que je papote sur le net est un secret, de nuit comme de jour, vu qu’il est hyper jaloux, comment vais-je lui présenter la situation quand il viendra me récupérer ?
Les flics vont lui dire pourquoi ils m’ont embarquée, c’est sûr… Faut que je trouve un prétexte pour la came (pardon, la cam) mais quoi !!
Click click, click…
GGrrrrr, j’arrive pas à me concentrer, à avoir les idées claires.
Faut dire qu’en plus du relent fétide qui m’irrite les narines, y’a un bruit qui revient sans arrêt agresser mes oreilles, un son métallique stressant, angoissant, …celui des clefs des gardiens et leurs allers-retours incessants! Les sales matons comme gueule la soûlarde de la cellule d’en face.
9 heures du mat.
Je pose mes fesses bien au bord du lit, le plus loin possible de la couverture. Mon malaise s’amplifie. Les coudes sur les genoux, la tête entre les mains, je laisse enfin couler ces larmes qui me nouaient la gorge.
Joe fini son travail à 8h, il a environ une heure de trajet…il ne va pas donc pas tarder à rentrer à la maison maintenant. Et comme il boit toujours une bière avant d’aller se coucher, il va trouver le post-it jaune scotché sur le frigo à son intention disant : « je suis au commissariat central » (ils ne m’ont pas laissé le temps d’en écrire davantage).
Je ne sais même pas si j’ai envie de le voir tant je redoute sa réaction. Je pourrais lui faire croire que je voulais brancher cette cam sur celle qu’il a au boulot pour lui faire coucou, voire m’exhiber en petite tenue pour qu’il se sente moins seul …
Non !! Il ne croira jamais çà d’une nana qui éteint toutes les lumières avant même de se coucher !! Et je ne peux évidemment pas lui avouer que c’était pour mater en direct live le mec que ma copine gégé avait invité ce soir là !
Click. Click. Click.
Ma voisine s’est finalement écroulée sur sa paillasse et malgré ses ronflements vélaires, je perçois toujours ce foutu cliquetis qui m’exaspère. Je préférais encore quand elle beuglait.
Je réalise alors que la réaction de Joe m’inquiète bien plus que l’inévitable procès à venir. Je vais pourtant avoir besoin d’un sacré bon avocat pour plaider ma cause. Hors de question de me retrouver en prison pendant des semaines, des mois…
A cette pensée, un interminable frisson me parcourt l’échine.
J’allais me remettre à chialer quand au fond du couloir, la porte s’est ouverte brusquement, laissant apparaître Joe, les cheveux hirsutes et sa mine des mauvais jours.
Un flic vint ouvrir ma cage.
« Vous pouvez partir ».
Je me suis levée et j’ai suivi Joe sans rien dire, sans même oser le regarder.
Je ne savais toujours pas quel mensonge j’allais inventer et je spéculais déjà sur les pires conséquences de cet épisode.
Je me préparais à tous les scénarios, mais alors vraiment à tous, sauf à ce qu’une fois dans la voiture, il m’annonce tout de go :
« Tu sais, si t’avais besoin de came, il suffisait de m’en demander » !!
PS :
ceux qui ont déjà lu certains de mes textes trouveront une similitude avec france 2024. Ce qui n'est point du plaggia puisque c'est moi qui ai écris les 2 !!
09:37 Publié dans POUR LE PLAISIR | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle


