04 mars 2008

CRUELLE DETECTION

Un petit texte pondu pour le jeu d'un forum...   la seule contrainte était la première phrase !

 

 

CRUELLE  DETECTION

"Il creusait le sable de la plage quand sa pelle heurta un objet qu'il déterra : c'était une boîte".

Immédiatement, son sang ne fit qu’un tour ! Un trésor, enfin !! Depuis sa plus tendre enfance John en rêvait, et cette boîte, fut-elle vide, en était un  à elle toute seule.

Excité comme un gosse, vérifiant alentour si personne ne le voyait, il s’assit en tailleur et de peur de gâcher cet instant magique en allant trop vite, entreprit de l’examiner sous toutes les coutures. Elle était un peu lourde, c’était plutôt bon signe.

Comme s’il s’était s’agit d’une femme, il commença par la contempler. Elle était encore jeune et belle, de dimensions moyennes et aux contours harmonieux. Puis il devint plus entreprenant  et c’est presque tendrement qu’il  la caressa du bout des doigts. Aucune ride ne striait sa surface. Enfin, n’y tenant plus,  il  la  nicha délicatement entre ses jambes pour l’assaut final. La femme _ pardon la boîte_ n’était pas fermée à clef et promettait de se donner  sans retenue,  lorsque deux rangers vinrent se poster devant lui, cependant que des  mains venues de nulle part l’attrapaient solidement  par les épaules, anéantissant son extase du moment et toute jouissance future.

_ Monsieur vos papiers s’il vous plait ! Avez-vous une autorisation préfectorale ?

Le charme était rompu, irrémédiablement.

Sans lâcher son trésor, John se leva, fouillât ses poches et tendit ses papiers d’identité aux deux officiers de police qui le toisaient d’un air sévère derrière leurs lunettes de soleil à trois francs.

_ Il est interdit de faire de la détection sur les plages sans autorisation !! Qu’y a t-il dans cette boîte ?

John, prit de court, bredouilla quelques mots incompréhensibles et dans un élan de lucidité lui vint une idée géniale:

-Non non, vous n’y êtes pas, cette boîte est bien à moi, j’allais l’enterrer en fait !

Deux énormes sourcils broussailleux dépassèrent des binocles.

-En ce cas à quoi vous sert votre détecteur ?

-Heu… Et bien… Je voulais vérifier qu’elle était enterrée assez profond pour qu’on ne la découvre pas.

Il est fier de lui John ! Quelle intelligence ! Quelle vivacité d’esprit !!

Mais le policier récidive :

-Dans ce cas monsieur, vous ne verrez aucun inconvénient à ce que je jette un œil à son contenu ?

John fulmine. Il voudrait crier sa colère, hurler sa déception, beugler sa frustration. Personne n’a le droit de lui voler SON trésor, PERSONNE !

Trop tard. L’officier a dès lors subtilisé l’objet et s’apprête à l’ouvrir.

Comme prévu, la boite se donne  sans réticence. En son fort intérieur, John la traite de garce.

-J’en conclue donc que ceci vous appartient !?

John jubile. Il a bien perçu le ton narquois de l’homme mais n’a pu discerner son regard.  Regard d’abord étonné, puis carrément austère. John est heureux, il sourit même.

-Oui monsieur l’agent.

Le policier ne rigole plus du tout. John  non plus d’ailleurs, en découvrant le pistolet de gros calibre qu’il lui met sous le nez.

La surprise et la peur s’emparent de lui.

-J’ai menti, j’ai menti !! Elle n’est pas à moi cette boîte !! Allez quoi, soyez sympas, vous voyez bien que je n’ai rien d’un criminel !? Et puis, faute avouée est à demi pardonnée non ?

Rire tonitruant.

-Ben oui mon gars, avec un peu de chance, tu en prendras pour dix ans au lieu de vingt !!772533361.jpg

 

 

 

31 janvier 2008

ADIEOU BARACA

ADIEOU BARACA

 

 

Jano arpentait la promenade d’un pas fort incertain.

Après plusieurs heures passées à regarder la boule de la roulette, une lampée de whisky à chaque mise, il était ressorti complètement lustré du Casino Rhul.

Comme tous les samedi soirs en fait, mais ce soir là, c’était différent….

Ce soir là, le Jano, il était malheureux comme les pierres. Malheureux à en chialer, ce qu’il faisait d’ailleurs fort bruyamment, sans se soucier du regard des passants.

 Les voyait-il seulement ? Pas sûr.

C’est que le Jano, il a une drôle d’histoire…

Il y a quatre ans, il a gagné au loto, et pas qu’un peu…

Sur le coup, il y a pas cru. Mais quand on lui a donné le chèque, il s’est passer un truc bizarre en lui, une sensation étrange, une ivresse jusqu’alors inconnue.

Et il a pas traîné le Jano ! A la vitesse de l’éclair, il a bazardé femme et enfants, vendu sa petite alimentation qui ne végétait, déménagé dans une maison immense, avec piscine et tout le tintouin. Grand Prince, il a laissé l’appartement à son ex-épouse, un trois pièces de 65m2, sans vis-à-vis,… ni remords.

Et puis il a commencé une vie de célibataire, sortant tous les soirs, mangeant n’importe quoi  n’importe quand, toujours sur son 31, costard, cravate, bagouzes, etc.

Il s’est mis à fréquenter les bars, les discothèques, à draguer les filles…

Une vraie vie de patachon lui disait sa mère.

 

Mais il s’en foutait le Jano. Il se sentait libre comme une mouette, léger comme ces ballons gonflé à l’hélium qui ravissent tant les bambins.

Mais il a fait une grave erreur le Jano ! Il s’est mis à jouer au Casino.

Oh juste un peu au début, de temps en temps, pour le fun…

Mais il a gagné, et gagné encore. La sensation grisante que cela lui procurait, la roulette qui tourbillonne, les cartes qui glissent aisément sur le tapis, l’ambiance VIP… tout ça ne l’a plus lâché.

Jusqu’à ce soir.

 

Fatalement, ce soir,  Adiéou Baraca !!

 Il a perdu Jano, il a TOUT perdu. Il a tout joué, argent, maison, voiture, tout. Jusqu’à la montre en or que lui avait offert son père pour sa majorité. Elle est bien loin cette majorité aujourd’hui et Jano se demande un peu s’il n’était pas plus responsable il y a trente ans… Moins fou en tous cas.

 

Dehors, il fait froid. On a beau être sur la côte d’azur, l’hiver, c’est l’hiver, et c’est encore pire quand un vent à décorner les cocu fait se trémousser les palmiers du bord de mer, et le Jano, le nez en l’air, regarde les illuminations comme un badagou, sans même se rendre compte qu’il est au milieu de l’avenue. Un coup de klaxon intempestif le ramène  un bref instant sur terre, assez pour le faire traverser en maugréant contre l’automobiliste impatient.

Faï caga !

 Il traverse, et descend sur la plage. Les galets humides et luisants lui font tordre les chevilles avec ses mocassins dernier cri de chez Versace. Il avance jusqu’au bord où la mer, à présent déchaînée, vient lécher brutalement son costume de soie gris. Il a le cœur lourd, Jano, aussi lourd que le poids qui lui pèse sur les épaules.

J’ai tout perdu !! J’ai tout perdu marmonne-t-il sans cesse entre ses dents. Les vraies, brunies par le tabac des cigares, et les fausses, en or.

 

Il avance encore, comme au automate, s’en même s’apercevoir qu’il a les pieds dans l’eau. Ou alors il s’en fiche !?

Subitement, il s’arrête. Il tient debout grâce aux galets qui lui roulent sur les pieds et le maintiennent au sol tant bien que mal. Soudain, il lève les bras au ciel et, tel un iroquois invoquant les esprit, se met à beugler :

« Dieu qu’est ce que je t’ai fait hein ? Pourquoi tu me traites comme çà ? Tu m’as tout donné, et ce soir, tu m’as tout repris !  J’ai tout perdu, TOUT perdu ! »!

Il sanglote le Jano, il tremble de colère, d’amertume et de froid.

Il va pour reprendre son monologue quand…

« Ô fada, tu moulines ! Et sors de la que tu vas attrapé la crève ! Et l’eau de mer c’est pas bon pour le cuir italien ! »

Jano reste pétrifié, toujours les bras en l’air.

« Dieu me parle !! Dieu me parle et il se fout de moi en  plus !! »

Il explose cette fois le Jano.

« J’ai tout perdu je te dis ! TOUT !! Alors qu’est ce qu’on s’en fiche des mocassins hein ?! »

Et joignant le geste à la parole, le voilà qui se déchausse non sans peine et, telle une mariée avec son bouquet,  jette les mocassins au loin derrière lui.

Mais Dieu ne compte pas en rester là.

« Ton beau costume, regardes, on dirait une estrasse maintenant! »

 Jano, n’en croit pas ses oreilles. Il éructe.

« T’encapes rien toi là-haut !! »

Et presque aisément, il ôte le dit costume.

 Même sort que pour les chaussures.

« Tiens vé ! Même la chemise tu vois, j’ai plus rien du tout !! T’es content maintenant « ?

Il fulmine le Jano, il devient rouge de colère, puis bleu de froid, en caleçon dans la flotte.

Alors Dieu, de sa voix douce et suave reprend.

« Oui, là tu peux dire que t’as plus rien et que t’as plus qu’à te néguer ! »

A ces mots, le Jano, toujours aussi empégué, s’avance jusqu’à ne plus toucher le fond, et se laisse couler.

 

Sur la plage, une main sale et velue  attrape les affaires entassées et les fourre dans un sac de toile crasseux et troué. Puis l’homme se relève péniblement et s’en va nonchalant, retrouver ses congénères du côté de Saleya.

« Y’a des fadas sur terre quand même. Aller croire que Dieu lui parle ! Que caganis !! »